Le cirque de Gavarnie (65)
Le cirque de Gavarnie est un cirque naturel de type glaciaire situé dans le massif
montagneux des Pyrénées, sur la commune de Gavarnie, dans le département des
Hautes-Pyrénées, en région Occitanie.
Imaginez un cirque glaciaire culminant à 3000 mètres d’altitude, avec en son coeur une
des plus hautes cascades d’Europe (427 mètres) : c’est le Cirque de Gavarnie !
Inscrits sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO, au double titre des paysages
naturels et culturels, ces cirques sont le paradis des randonneurs où chacun peut
expérimenter la force de la nature, de la simple balade à la pratique de haute-montagne
avec toujours le même objectif : en prendre plein les yeux !
Mais qui de mieux que Victor Hugo pour décrire ce merveilleux site :
"Lorsqu’on a passé le pont des Dourroucats et qu’on n’est plus qu’à un quart d’heure de
Gèdre, deux montagnes s’écartent tout à coup et, de quelque façon que vous préoccupe
l’approche de Gavarnie, vous découvrent une chose inattendue.
Vous avez visité peut-être les Alpes, les Andes, les Cordillères ; vous avez depuis quelques
semaines les Pyrénées sous les yeux ; quoi que vous ayez pu voir, ce que vous apercevez
maintenant ne ressemble à rien de ce que vous avez rencontré ailleurs. Jusqu’ici vous
avez vu des montagnes ;
vous avez contemplé des excroissances de toutes formes, de toutes hauteurs ; vous avez
exploré des croupes vertes, des pentes de gneiss, de marbre ou de schiste, des précipices,
des sommets arrondis ou dentelés, des glaciers, des forêts de sapins mêlées à des nuages,
des aiguilles de granit, des aiguilles de glace ; mais, je le répète, vous n’avez vu nulle part
ce que vous voyez en ce moment à l’horizon.
Au milieu des courbes capricieuses des montagnes hérissées d’angles obtus et d’angles
aigus, apparaissent brusquement des lignes droites, simples, calmes, horizontales ou verticales,
parallèles ou se coupant à angles droits, et combinées de telle sorte que de leur ensemble résulte
la figure éclatante, réelle, pénétrée d’azur et de soleil, d’un objet impossible et extraordinaire.
Est-ce une montagne ? Mais quelle montagne a jamais présenté ces surfaces rectilignes,
ces plans réguliers, ces parallélismes rigoureux, ces symétries étranges, cet aspect géométrique ?
Est-ce une muraille ?
Voici des tours en effet qui la contrebutent et l’appuient, voici des créneaux, voilà les
corniches, les architraves, les assises et les pierres que le regard distingue et pourrait
presque compter, voilà deux brèches taillées à vif et qui éveillent dans l’esprit des idées
de sièges, de tranchées et d’assauts.
Mais voilà aussi des neiges, de larges bandes de neige posées sur ces assises, sur ces
créneaux, sur ces architraves et sur ces tours ; nous sommes au cœur de l’été et du midi ;
ce sont donc des neiges éternelles ;
or, quelle muraille, quelle architecture humaine s’est jamais élevée jusqu’au niveau effrayant
des neiges éternelles ? Babel, l’effort du genre humain tout entier, s’est affaissée sur elle-même
avant de l’avoir atteint.
Qu’est-ce donc que cet objet inexplicable qui ne peut pas être une montagne et qui a la
hauteur des montagnes, qui ne peut pas être une muraille et qui a la forme des murailles ?
C’est une montagne et une muraille tout à la fois ; c’est l’édifice le plus mystérieux du plus
mystérieux des architectes ; c’est le colosseum de la nature ; c’est Gavarnie.
Représentez-vous cette silhouette magnifique telle qu’elle se révèle d’abord à une distance
de trois lieues : une longue et sombre muraille dont toutes les saillies, toutes les rides sont
marquées par des lignes de neige, dont toutes les plates-formes portent des glaciers.
Vers le milieu, deux grosses tours ; l’une qui est au levant, carrée et tournant un de ses
angles vers la France ; l’autre qui est au couchant, cannelée comme si c’était moins une tour
qu’une gerbe de tourelles ; toutes deux couvertes de neige.
À droite, deux profondes entailles, les brèches, qui découpent dans la muraille comme
deux vases qu’emplissent les nuées.
Enfin, toujours à droite et à l’extrémité occidentale, une sorte de rebord énorme plissé
de mille gradins, qui offre à l’œil, dans des proportions monstrueuses, ce qu’on appellerait
en architecture la coupe d’un amphithéâtre.
Représentez-vous cela comme je le voyais : la muraille noire, les tours noires ; la neige
éclatante, le ciel bleu ; une chose complète enfin, grande jusqu’à l’inouï,
sereine jusqu’au sublime.
C’est là une impression qui ne ressemble à aucune autre, si singulière et si puissante à la
fois qu’elle efface tout le reste, et qu’on devient pour quelques instants, même quand cette
vision magique a disparu dans un tournant du chemin, indifférent à tout ce qui n’est pas elle.
Le paysage qui vous entoure est cependant admirable ; vous entrez dans une vallée
où toutes les magnificences et toutes les grâces vous enveloppent.
Des villages en deux étages, comme Tracy-le-Haut et Tracy-le-Bas, Gèdre-Dessus et
Gèdre-Dessous, avec leurs pignons en escaliers et leur vieille église des Templiers,
se pelotonnent et se déroulent sur le flanc de deux montagnes, le long d’un gave blanc
d’écume, sous les touffes gaies et fantasques d’une végétation charmante.
Tout cela est vif, ravissant, heureux, exquis ; c’est la Suisse et la Forêt-Noire qui se mêlent
brusquement aux Pyrénées.
Mille bruits joyeux vous arrivent comme les voix et les paroles de ce doux paysage, chants
d’oiseaux, rires d’enfants, murmures du gave, frémissement des feuilles, souffles apaisés du vent.
Vous ne voyez rien ; vous n’entendez rien ; à peine percevez-vous de ce gracieux ensemble
quelque impression douteuse et confuse.
L’apparition de Gavarnie est toujours devant vos yeux, et rayonne dans votre pensée
comme ces horizons surnaturels qu’on voit quelquefois au fond des rêves.
Le soir, en revenant de Gavarnie, moment admirable. De ma fenêtre : une grande montagne
remplit la terre ; un grand nuage remplit le ciel.
Entre le nuage et la montagne, une bande mince de ciel crépusculaire, clair, vif, limpide,
et Jupiter étincelant, caillou d’or dans un ruisseau d’argent.
Rien de plus mélancolique et de plus rassurant et de plus beau que ce petit point de lumière
entre ces deux blocs de ténèbres".
signé Victor Hugo.
Pour rendre homage à l'écrivain, cotelettes de mouton, comme, il les adoraient au menu.
« Le penseur joint sous la treille
La logique à la boisson ;
Le sage, après la bouteille,
Doit déboucher la raison". Victor Hugo































